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La Chapelle des Brigittines a en effet vécu de nombreuses tribulations qui lui ont fait perdre l’ensemble de sa décoration intérieure, mais qui auraient aussi pu définitivement la rayer de la carte. La chapelle fut construite en 1667 selon des plans de l’architecte Léon Van Heil, pour le compte de l’ordre des Brigittines qui avait acheté le terrain quelques années auparavant. Miraculeusement épargnée par les bombardements français de 1695 dont elle est sortie quasi indemne, la Chapelle des Brigittines fut désaffectée en 1784 sur ordre de l’empereur Joseph II qui mit ainsi fin à sa vocation religieuse.
La chapelle faillit alors devenir le siège d’un mont-de-piété, avant de servir consécutivement de dépôt de livres, de pharmacie militaire, d’arsenal et de maison d’accueil pour les pauvres. Sous le règne de Napoléon, le conseil communal voulut en faire une école pour les enfants de la petite bourgeoisie, mais la chapelle finit par être vendue à un particulier qui s’en servit comme entrepôt de bois et de tonneaux de bière. En 1839, un nouveau propriétaire y installa un abattoir et un magasin de viande. Celui-ci fit exécuter d’importants travaux de restauration et sépara la nef en deux niveaux : le rez-de-chaussée fut utilisé comme boucherie, avant d’être aménagé en hall d’exposition industrielle et plus tard en bureau de tri postal, tandis que l’étage accueillit une salle de danse et de conférences. On y dansa le dimanche pendant plus de 30 ans, et l’on y tint aussi de nombreux meetings politiques.
A la fin du siècle vint l’abandon, la vétusté, la ruine et l’oubli, jusqu’en 1920, année où le bâtiment est mis en vente publique. 2 ans plus tard, la Ville de Bruxelles décide de le racheter et investit dans une restauration de qualité, qui sauve élégamment la chapelle de plusieurs siècles de déboires et d’affectations diverses. La Chapelle des Brigittines a été classée pour sa façade en 1936, avant d’être classée pour l’entièreté du bâtiment en 1953.
En août 2007, l’architecte italien Andrea Bruno a donné une sœur jumelle à la chapelle historique, offrant au Centre d’Art Contemporain du Mouvement et de la Voix de la Ville de Bruxelles toutes les commodités nécessaires pour accueillir spectateurs et artistes. En outre, 6 ateliers-logements d’artistes et un jardin des saveurs viennent compléter cet ensemble qui donne à la Ville de Bruxelles une présence culturelle dans le quartier et au niveau international.
Anciennement intégrée dans un vaste complexe conventuel, l’église des Brigittines apparaît désormais isolée, suite aux travaux d’aménagement de la jonction Nord-Midi. Selon les promoteurs, la liaison entre les gares du Nord et du Midi n’avait que des bienfaits : la démolition de logements vétustes, le remplacement d’anciennes voies de circulation par des artères modernes et l’érection de nouveaux immeubles. En réalité, les travaux de jonction ont chassé un grand nombre de Bruxellois qui ont dû êtres relogés dans des complexes de logements sociaux, notamment sur le boulevard Pacheco et à l’église de la Place de la Chapelle. Ainsi, la chapelle des Brigittines se retrouve défigurée par la présence de tours de logements sociaux en béton qui la surplombent. Elle n’en perd néanmoins pas de sa beauté.
L’asbl les Brigittines est née de la volonté de la Ville de Bruxelles de donner à la création émergente et contemporaine la place qui lui revient dans la ville, ainsi que de son souhait de développer des formes artistiques transdisciplinaires. Depuis 1975, après avoir passé commande pour une nouvelle restauration de l’entièreté du bâtiment, la Ville de Bruxelles se consacre à faire des Brigittines un lieu de rencontres agréable et accueillant, centré autour de la notion de convivialité. Le double contemporain de la chapelle, de verre et d’acier, permet au centre culturel de devenir un véritable lieu de création et aussi de développer ses liens avec l’espace urbain, le quartier, l’habitant et les autres institutions culturelles des environs. Cette construction est par ailleurs une référence nationale et internationale témoignant de l’ouverture de Bruxelles vers la vie, vers la ville.
Depuis 1997, l’asbl les Brigittines assure la gestion et la programmation de la chapelle des Brigittines, Centre d’Art Contemporain du Mouvement et de la Voix. La programmation des Brigittines est marquée par la volonté de promouvoir les multiples sensibilités de notre époque tout en privilégiant l’expression contemporaine et émergente dans les domaines de la danse, du théâtre, de la musique, de la performance et des arts plastiques. Le travail de recherche et de découverte artistique mené aux Brigittines donne lieu à une programmation exigeante et poétique dans le domaine du son et du mouvement, caractérisée par des oeuvres atypiques, inclassables. Guidées par un souci de transversalité, les Brigittines refusent de faire un choix entre l’une ou l’autre discipline et ont ainsi fait de l’interdisciplinarité leur spécialité, toujours avec le souhait de voir s’épanouir une expression scénique forte et originale, ouverte à la rencontre et à la convergence des arts de la scène. Soucieuse de confronter l’art et la société, la chapelle des Brigittines présente des oeuvres qui problématisent et formulent des questions cruciales de notre temps et fonctionne ainsi comme une fenêtre ouverte sur le monde. Depuis 1981 est organisé annuellement le Festival International des Brigittines où sont présentées des créations aux formes novatrices et aux choix esthétiques particuliers.
Le festival qui se veut instrument de découverte curieux des équilibres instables est l’occasion de voir des coproductions avec des artistes locaux notamment au niveau de la danse, ainsi que des spectacles flamands et internationaux qui ne trouvent pas toujours de lieux d’accueil ailleurs à Bruxelles. Le futur des Brigittines sera résolument tourné vers le quartier et ses habitants.
La chapelle des Brigittines s’inscrit dans une dynamique plus vaste dont bénéficie actuellement le quartier des Tanneurs. Le développement naturel au niveau artistique de ce quartier, notamment par la présence de Recyclart , du Théâtre des Tanneurs ou des Archives en a fait le nouveau quartier des arts de Bruxelles, en opposition à l’ancien quartier des arts du Mont des Arts et ses environs. Ce développement au niveau culturel et artistique d’un quartier qui souffre encore des opérations urbanistiques qu’il a eu à subir, ne peut que renforcer son décloisonnement et insuffler plus de force encore à sa redynamisation.
A L'AGENDA : Danse. Lamali Lokta
Les Brigittines
Place Akarova, 1
1000 Bruxelles
[plan]
Tél. : 02 506 43 00
info@brigittines.be
http://www.brigittines.be